l’appartement/galerie

Interface – l’appartement/galerie

texte paru dans le catalogue “appartement galerie interface / dijon – 06.1995 – 06.2001”

Missionnaires de l’art contemporain ?

Cette question nous a été posée récemment par Arnaud Laporte [Multipistes, France Culture, 12 décembre 2001, 22 h 12]. Peut-on en déduire la ligne directrice de l’activité d’Interface depuis 1995 ? En fait, plus qu’une mission, c’est la volonté et l’envie de faire qui motivent notre action.

Pour un autre circuit.

Faire ce que les autres ne veulent ou n’osent plus faire : présenter les jeunes artistes. Au sortir des écoles d’art, ils sont confrontés à un grand vide structurel : rien ne leur est proposé pour l’accès à une expérimentation de l’exposition et à la confrontation au public. Le chemin classique des résidences (mais sont-elles adaptées après cinq ans d’études en écoles d’art ?) constitue la seule voie vers une certaine forme de professionnalisation. Il faut donc faire soi-même, se prendre en charge. Alimenter son statut d’artiste en se créant ses propres opportunités de monstration, en tissant d’autres liens et en fabriquant d’autres connexions. Alors, plus que des missionnaires, nous sommes des activistes comme le sont Ipso Facto, Immanence, le Pays où le ciel est toujours bleu, le Pavé dans la Mare, Rhinocéros, Castel Coucou… L’émergence de ces structures, les relais qu’elles constituent et la continuité qui les caractérise mettent en relief leur nécessaire existence dans le milieu de l’art contemporain.

Confidentiel, peut-être…

Ces réseaux alternatifs, puisque c’est l’étiquette qui nous est collée, restent relativement éclipsés. L’activité générée et le travail produit en sont les contradicteurs. Cependant, tout se joue dans les critères d’appréciation. Le réseau n’est plus confidentiel quand il a l’occasion de présenter quelques artistes reconnus. Le voile de la confidentialité est levé par ceux-là même qui le qualifient comme tel. Je pense aux médias notamment qui interviennent de fait dans l’existence ou non de cette confidentialité… Elle peut également être le fruit des institutions dédiées qui, surprises de l’énergie et de l’activité des structures comme les nôtres, ne peuvent pas se mettre en porte-à-faux avec le circuit établi. Cependant, elles ont compris leur intérêt à soutenir nos initiatives. Elles ont elles aussi, d’une certaine manière, mis le doigt sur la faiblesse d’un système peut-être vieillissant ou tout au moins incomplet.

C’est une évidence, n’ayant pas de système classique d’accueil et d’ouverture au public, il nous a donc fallu développer d’autres systèmes de communication. Il a fallu aller chercher ce public, le séduire, lui expliquer, lui proposer une autre forme d’échanges que celui des institutions, centres d’art ou galeries. Il a fallu le fidéliser mais aussi le renouveler. Et éventuellement, il a fallu l’inciter à se découvrir consommateur d’art contemporain, voire collectionneur.

Quel est l’avenir d’une structure bénévole comme celle d’Interface ?

Dans cette démarche, le plaisir de montrer et la liberté d’action ont toujours pris le pas sur les obstacles financiers. Ce sont la convivialité et la responsabilisation de tous les intervenants, artistes et organisateurs, qui ont alors permis de faire autant. Il en ressort une certaine forme de professionnalisme qui garantit notre crédibilité auprès du public, mais aussi des personnes privées, des institutions ou collectivités locales qui nous soutiennent. Si le bénévolat a été et est une solution à moyen terme, il ne doit peut-être pas s’inscrire dans la durée. L’accès des jeunes artistes au circuit professionnel en France constitue une problématique réelle, factuelle et économique. La réponse apportée par les structures comme Interface est probablement insuffisante. Mais l’action qui s’inscrit dans la durée justifie par là-même la raison de son existence.

Après cinq ans d’expositions au 104 rue de Mirande concrétisées par ce catalogue comme trace naturellement dense, auquel s’ajoutent onze numéros du journal horsd’œuvre et un site web, l’envie de faire est toujours présente. De nouvelles rencontres et de nouveaux projets s’inscrivent dans le temps pour la nourrir et la faire grandir …

fabienne tainturier -présidente de l’association

appartement/galerie art contemporain à Dijon