pierre labat // Mute

20 mai  13 juillet 2017

vernissage • samedi 20 mai 2017 à partir de 18h

ouvert du mercredi au samedi de 14h à 19h

fermé le 25 mai 2017

Qu’est-ce qu’une sculpture abstraite ?

Qu’est-ce que l’expérience d’une sculpture (son expérience à elle, l’expérience de celui qui la conçoit, l’expérience de celui qui la pratique) ? De quelle teneur est le dialogue entre la sculpture et le lieu où elle se trouve et où elle agit ? Qu’est-ce que le temps s’agissant de la sculpture ? Que signifie réaliser des sculptures [aujourd’hui] pour un artiste de moins de 40 ans, à une époque où

certes ce médium occupe à nouveau le devant d’une certaine scène, française en particulier (mais quelle sculpture : formaliste ? habile ? liée au récit ?); à une époque où, cependant, c’est la performance qui retient le plus l’attention ?

Sachant cela, conscient des questions à défaut d’être porteur de réponses, de quelle manière introduire le corps dans le champ de la sculpture, et plus encore quand cette sculpture se souvient des specific objects ? Qu’est-ce qu’une sculpture abstraite qui s’adresse au corps ? Est-ce une sculpture plutôt liée à la danse ou à l’espace ? Serait-ce une sculpture qui se sert des formes élémentaires et de l’espace pour solliciter le corps, pour suggérer une représentation de ce rapport-là ?

Au bout du compte, on en revient toujours au même défi, qui est aussi une sorte de dilemme : comment produire des pièces qui se souviennent et qui ne se souviennent pas de l’histoire de l’art ? Qui soient spontanées et qui soient conscientes de leurs effets, de leurs attendus et de leur présupposés ? Comment produire une œuvre de qualité sans vouloir « bien faire », sans vouloir « mal faire » ? […]

Si Pierre Labat, à ce point de son travail, conçoit exclusivement des objets tridimentionnels où forme, matière et couleur sont envisagées en tant que telles, il les inscrit dans un espace et dans un temps qui sont ceux du monde et de ses événements, dans un contexte où l’héritage formaliste se voit constamment soumis à l’épreuve du corps, comme si la performance tenait lieu ici d’inconscient de la sculpture. On est loin, en effet, à l’aube de cette deuxième décennie du 21ème siècle, non seulement du modernisme (et de son idéologie du white cube), mais aussi du postmodernisme (et de son éclectisme tantôt naïf, tantôt cynique). Non que tout ça soit balayé, ignoré, mais il incombe à l’époque de s’atteler à la tâche qui est la sienne : réintroduire dans la rigueur des formes élémentaires cette dimension anthropologique, consubstantielle à l’art, et que la sculpture en particulier eut provisoirement tendance à laisser de côté. Pour Pierre Labat, une « forme intéressante » est une forme qu’on « retrouve dans les domaines physiques, naturels, mathématiques, organiques, sociaux ». C’est le fruit d’une expérience maintes fois réitérée, vécue et perçue dans des contextes très différents, au fil de la vie et de ses micro événements (un bâton d’esquimau (la glace) que l’on tord, un ticket de métro que l’on plie…) autant que de l’histoire.

Jean-Marc Huitorel

extraits du catalogue édité par le Centre d’Art Contemporain Le Quartier sur l’exposition Armez les Toboggans, Quimper, 2012