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Les mains en l’air – baptiste debombourg

11 septembre – 23 octobre 2010

LA MAISON PROFONDE

« D’un mot : avant qu’elle ne se voue à l’emploi des signes l’existence humaine faisait corps avec une réalité encore indéfaite, rien que vécue, sans recul. En s’établissant au sein de cette première expérience, toute d’immédiateté, d’unité, le signe verbal, qui se fait désignation d’une chose, extrait celle-ci de cette unité originelle, la montre, et c’est là subordonner la réalité ambiante à une appréhension de type nouveau, qui la rabat sur ce qu’on peut dire son apparence. On voit davantage avec seulement les yeux ce que le signe désigne. Des aspects, de simples aspects passent au premier plan du regard, et restructurent ainsi la perception du donné du monde. Un horizon, surtout visuel, se substitue l’enveloppement antérieur. Reste pourtant que les choses et les êtres demeurent là des présences, avec lesquelles fait corps la présence à soi du nouvel être parlant. Ces premiers signes étant ce que nous dirions des noms propres, c’est encore avec des présences, désormais dressées dans leur apparence mais gardées vives – l’arbre, se découpant sur le ciel -, que le détenteur de cet instrument en devenir, le langage, négocie sa place dans le flux incessant des actions et des réactions. Il trie parmi elles celles qui peuvent l’aider, le servir, et celles qu’il faut qu’il redoute. Il excave, si je puis dire, un monde ainsi tout à fait le sien de la masse indistincte de son milieu d’existence. Cette excavation refaçonne sa vie, se fait pour lui ce qu’il ne peut qu’éprouver le réel même. »

Yves Bonnefoy, La Beauté dès le premier jour